Tu veux écrire un film. T’as une idée. Mais tu ne sais pas comment commencer ?
Je te donne 7 étapes incontournables qui vont t’aider à démarrer.
Les pièges à éviter
Quand on débute l’écriture de scénario, il y a, à mon avis, deux pièges à éviter.
Piège 1 : tu te lances direct. Tu écris comme ça vient. Si t’as aucune expérience, il est probable que tu vas faire comme tout le monde. Oui, parce qu’on est tous passés par là. Tu vas écrire 20 pages, tu vas bloquer et probablement abandonner.
Piège 2 : tu prends Save the Cat, ou une autre beat sheet ou un template tout fait. Et là, tu vas remplir les cases, tu vas utiliser ton hémisphère gauche, celui associé à la logique. Résultat : tu te coupes de ce dont t’as besoin pour écrire, à savoir ton imaginaire.
Alors, comment font les scénaristes ? Il n’existe pas une seule et unique façon de commencer à écrire un film. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles il est difficile d’enseigner l’écriture de scénario. Chaque scénariste trouve, au fil du temps et des projets, son approche personnelle.
Donc ce que je te présente ic, c’est mon approche. Celle qui a fonctionné pour moi. Pas une recette miracle.
Tu peux commencer par n’importe lequel des éléments que je vais te donner.
ÉTAPE 1 — TON LIEN PERSONNEL
Je commence toujours par faire un travail préparatoire.
Pourquoi l’histoire que tu veux raconter compte-t-elle pour toi ? Et là, il faut aller en profondeur et éviter les réponses vagues du type :
– Je veux dénoncer la guerre.
– Je veux montrer la beauté de la nature.
Ce sont des intentions louables, mais ce ne sont pas des moteurs dramatiques.
Pose-toi donc ces deux questions :
- Est-ce que c’est autobiographique ? Si oui, pourquoi ça pourrait toucher quelqu’un d’autre ?
- Si ce n’est pas autobiographique, pourquoi serais-tu la meilleure personne pour raconter cette histoire ?
Ne te réfugie pas derrière des positions convenues. Parce qu’en répondant à ça, tu vas commencer à affirmer ce que tous les producteurs recherchent : une voix.
Cherche le point de friction. Là où ça fait mal. Là où ça te coûte quelque chose. Donc pas de généralités. Du spécifique.
Je te donne un exemple :
Tu veux écrire un film sur « la solitude ». Ça, c’est un sujet. Mais si tu te demandes pourquoi ça te touche, tu vas peut-être tomber sur :
« Parce que le silence me renvoie des choses que je passe ma vie à éviter. »
Là, tu as un point de friction. Et tu vas pouvoir te poser d’autres questions. Tiens, quelles sont ces choses que j’essaie d’éviter ? Bien sûr, tu crées une distance progressive entre toi et le personnage que tu crées.
Tu aurais très bien pu me répondre :
– Parce que quand je suis seule, je m’invente des amis imaginaires et qu’ils deviennent toujours méchants au final.
Ah bon ? Raconte. Qui sont-ils ? Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ?
L’idée, c’est que ces réponses t’amènent à te poser d’autres questions… Et ces questions t’emmènent directement sur un terrain fictionnel qui, progressivement, va te permettre de développer un personnage.
C’est là que ton idée peut devenir atypique. Parce que c’est TON point de vue. Et il est forcément unique.
ÉTAPE 2 — SYNOPSIS
La deuxième étape est d’écrire un résumé de ton intrigue en une à deux pages. À peu près 600 mots, si tu écris en Times New Roman taille 12, par exemple.
Tu vas tout simplement raconter ce qui se passe dans ton film, et plus particulièrement les actions de ton film. C’est une sorte de synopsis, donc ça doit être écrit comme une petite histoire. Il doit y avoir un début, un milieu et une fin.
Mais attention :
Dans ton synopsis, tu dois rester dans l’action.
Donc :
- pas de forme passive,
- pas de monologue intérieur,
- pas d’explication de ce que ressent ton perso.
Exemple :
❌ « Il se sent trahi. » → monologue intérieur.
✔️ « Il claque la porte, renverse la chaise et quitte la pièce sans un mot. »
Là, on voit. On comprend. C’est du cinéma.
Tu racontes uniquement ce qui se passe. Ce que ton personnage fait. C’est ça qui te permet de voir si ton idée est vraiment cinématographique. C’est crucial, car toutes les idées ne sont pas faites pour le cinéma « dit classique ».
ÉTAPE 3 — TON PROTAGONISTE
Qu’il soit humain, animal, objet ou IA, on a besoin, en tant que spectateur, que ton personnage soit vivant. Oui, même si c’est un zombie. Parce qu’avant d’être zombie, il avait une vie.
Qui dit vivant dit contradictoire. Regarde les gens autour de toi et vois comment ils se comportent.
Disent-ils toujours ce qu’ils pensent ? Probablement pas. Pensent-ils toujours ce qu’ils disent ? Encore moins.
Font-ils toujours ce qu’ils disent ? Pas sûr.
Disent-ils toujours ce qu’ils font ? Des fois.
Ton personnage principal, lui aussi, a des zones d’ombre, des failles, des contradictions. Et il va falloir déterminer cela assez rapidement.
Pour comprendre ton personnage, je te conseille de commencer par quatre questions simples. Pas de psychologie compliquée. Juste quatre points qui vont structurer tout son arc dramatique.
1 — Qu’est-ce qu’il veut ?
À court, moyen et long terme. Un truc concret. Pas un concept. Parce que ce que ton personnage veut, c’est ce qui va te permettre de mettre des obstacles sur sa route et de créer de la tension dramatique.
2 — Quelle est sa blessure ?
La blessure, c’est ce qui l’a façonné. Elle vient souvent de l’enfance, mais pas toujours. On ne montre pas la blessure. On montre plutôt la conséquence de cette blessure dans son comportement actuel. C’est ça qui le rend humain.
3 — De quoi a-t-il le plus peur ?
Sa peur profonde. Celle qu’il évite, qui le paralyse, qui le fait réagir de travers. Cette peur va souvent être l’obstacle intérieur le plus puissant. Souvent, ce que veut ton personnage se trouve exactement là où il a peur d’aller.
Exemple :
Ton personnage veut déclarer son amour à quelqu’un. Ça, c’est son désir. Mais il a une peur profonde : la peur d’être rejeté.
Résultat : pour obtenir ce qu’il veut, il doit affronter exactement ce qu’il redoute.
Et comme souvent dans les histoires, il va devoir passer par un moment où il est rejeté, quitté, humilié… Bref, confronté à sa peur. C’est ça qui crée la tension dramatique.
4 — Qu’est-ce qu’il doit apprendre ?
C’est ça, son arc dramatique. Ce qu’il doit comprendre, dépasser, accepter ou abandonner pour évoluer. C’est la transformation que raconte le film. Ton personnage peut parfaitement refuser cette « évolution ».
Quand tu as ces quatre réponses, tu tiens déjà des éléments solides pour créer la colonne vertébrale de ton personnage.
Le reste — ses contradictions, ses relations, le monde dans lequel il évolue — va se construire de façon dynamique autour de ça.
ÉTAPE 4 — TA LOGLINE
De toutes les étapes que je te présente, celle qui m’est le plus indispensable, et par laquelle je commence en général, c’est l’écriture d’une phrase-résumé, aussi appelée logline.
Pourquoi je commence par là ?
Parce que je me suis rendu compte d’un truc simple : si je n’arrive pas à écrire une logline qui me donne envie de continuer, c’est qu’il y a un problème. Une logline doit être efficace. Et elle doit faire envie.
Un scénario, ça ne s’écrit pas en une journée. Avec les réécritures, tu vas vivre longtemps avec ton idée. Donc il vaut mieux être sûr qu’elle a du potentiel. Et la logline va t’aider à tester ça.
Alors, comment écrire une logline ? Si tu cherches un peu sur Internet, tu vas trouver mille et une méthodes. Je te donne la mienne.
30 mots, pas un de plus.
Elle contient 4 éléments :
- Ton protagoniste avec une caractéristique principale (défaut, profession, quelque chose qui le distingue).
- Son but principal. Il peut avoir plusieurs buts mais un seul but structurera l’ensemble de ton film.
- L’incident déclencheur, autrement dit le point de bascule qui va bouleverser sa vie et le pousser à réagir.
- L’antagoniste, c’est ce que ton personnage doit affronter.
- Et l’enjeu : ce que ton personnage a à perdre s’il échoue. Donc, en général, plus l’enjeu est important pour ton personnage, plus ton histoire va être passionnante. Et ça ne veut pas forcément dire un enjeu de vie ou de mort.
Alors, je te donne un exemple simple :

Tu auras reconnu Le Silence des agneaux.
En gros, cette logline va résumer le conflit central auquel aura affaire ton personnage. Et oui, je sais : tous les films ne fonctionnent pas sur un conflit classique. J’en parlerai prochainement. Mais ça reste un excellent point de départ parce qu’elle va t’empêcher de partir dans tous les sens.
Important : ta logline va probablement changer au cours de l’écriture de ton scénario, et c’est important qu’elle soit toujours à jour.
ÉTAPE 5 — LE THÈME
Le thème, c’est ce dont ton film parle vraiment. Ce n’est ni l’intrigue ni l’histoire. C’est ce que dit ton film sur la condition humaine. Donc c’est une question philosophique que tu poses ici.
Un thème n’est pas un mot, comme « la liberté » ou « l’amour ». Ça, c’est un sujet. Et un sujet ne dit pas grand chose.
Un thème, ce n’est pas un sujet vague, c’est une question ouverte.

Tu vois, il y a les mêmes mots, mais ce ne fait pas le même film, car la question posée n’amène pas les mêmes réponses.
Ce que tu dois savoir sur le thème, c’est qu’il émerge souvent après l’écriture. Il va changer. C’est pour cela que beaucoup de scénaristes ne le formulent pas explicitement au départ.
Mais le nommer assez tôt va t’aider à donner une cohérence de ton à ton film dans tes choix visuels, dans tes dialogues, dans ta résolution.
Imaginons que ton thème, c’est la famille. Tu penses peut-être à des films aussi différents que Little Miss Sunshine ou Le Parrain…
Mais si tu poses une question : « Est-ce qu’on doit tuer pour protéger sa famille ? » Tout à coup, on n’est plus dans Little Miss Sunshine. On est dans Le Parrain.
Un thème bien formulé va délimiter ton territoire.
ÉTAPE 6 — TA QUESTION DRAMATIQUE
C’est la promesse du film. La tension centrale.
C’est une question simple et concrète. Donc évite les choses du type :
- Va-t-elle trouver le bonheur ?
C’est trop vague. Trop psychologique. Ça ne va pas t’aider.
- La réponse à ta question dramatique doit impérativement être OUI ou NON.
- Exemples :
- Va-t-elle sauver sa fille ?
- Va-t-il découvrir la vérité ?
- Va-t-il s’échapper vivant ?
Cette question dramatique, tu la poses au début. En général, à la fin de l’acte 1. C’est cette question qui crée la tension jusqu’au climax, où, en général, on y répond.
ÉTAPE 7 — LA FIN
Tu n’as pas besoin de connaître chaque scène. Mais tu dois connaître la fin. Quand on parle de la fin, on ne parle pas de la dernière scène. On parle de résolution. C’est-à-dire la manière dont ton personnage va résoudre sa problématique.
Ne cherche pas le twist qui tue. N’aie pas peur de figer les choses. Ta fin évoluera sans doute durant l’écriture de ton scénario. Et c’est parfaitement OK. Mais si tu ne détermines pas une fin dès le départ, tu risques de tourner en rond.
EN CONCLUSION
Je te disais en introduction que ces 7 étapes allaient t’aider à terminer ton scénario.
Pourquoi ? Parce que tu vas y revenir encore et encore. À chaque passage, tu vas affiner ton idée, ton personnage, ton histoire.
Ton synopsis va se développer. Devenir plus long. Ce que l’on appelle un traitement.
Le plus important : ne t’arrête pas tant que ton premier brouillon n’est pas terminé.
Même si tu trouves ça mauvais. Surtout si tu trouves ça mauvais. Ça veut juste dire que ton goût est en avance sur ta technique. Et la technique, ça s’améliore.
🎬 Retrouve ma vidéo complète sur Mon Scénario et Moi

